Terrain allergique, respiration et maturation neurophysiologique.
Objectif de l’article : Offrir un regard renouvelé sur les causes possibles du TDAH à travers le prisme du terrain allergique, des troubles de la coordination ventilatoire, et des déséquilibres du développement neurophysiologique précoce, en s'appuyant sur les dernières études scientifiques et les observations cliniques issues de la neurothérapie intégrative.
Et si les troubles du comportement chez l’enfant — souvent interprétés comme un problème d’éducation, de volonté ou de relation — étaient en réalité les signes visibles d’une désorganisation interne plus profonde ?
Ce texte explore l’hypothèse d’une désynchronicité centrale, une rupture dans les rythmes vitaux du développement humain, à la croisée du tonus, de la respiration, du sommeil et de l’attention. En mobilisant les apports des neurosciences, de la neuroévolution, de la clinique des troubles neurodéveloppementaux et des données récentes sur les liens entre TDAH et terrain allergique, il propose un regard élargi sur les vraies causes — et les voies de régulation possibles — pour accompagner les enfants autrement.
Qu'est-ce que la "désynchronicité centrale" ?
La désynchronicité centrale désigne une rupture dans la coordination naturelle entre les grands rythmes biologiques du corps humain : tonus postural, respiration, rythme cardiaque, circulation des fluides, activité neuronale et rythmes circadiens. Cette perte de synchronisation affecte la capacité du cerveau et du corps à s'autoréguler en continu.
Elle prend racine très tôt, parfois dès la vie in utero, lorsque la neurogénèse, la maturation tonique et la structuration des axes sensorimoteurs ne s'alignent pas correctement. Les enfants en situation de TND, et en particulier ceux diagnostiqués TDAH, présentent souvent des signes cliniques visibles de cette désynchronicité : alternance agitation-fatigue, réveils non réparateurs, respiration buccale, troubles du rythme veille/sommeil, instabilité posturale et attentionnelle.
La désynchronicité centrale est donc une hypothèse explicative transversale pour comprendre le déséquilibre fonctionnel observé dans les troubles du développement.
Enfin, les émotions, souvent perçues comme instables chez les enfants TND, sont en réalité de précieux indicateurs de la qualité de cette synchronisation tonico-ventilatoire. Lorsque le STV est bien régulé — c’est-à-dire que la respiration, le tonus, les rythmes circadiens et les flux sensoriels sont intégrés — les émotions peuvent jouer pleinement leur rôle de régulateurs comportementaux. À l’inverse, une désynchronicité centrale perturbe l’ajustement affectif, entraînant des réactions disproportionnées, une hypersensibilité ou un repli, fréquemment interprétés à tort comme des troubles purement psychologiques.
I. Introduction
Le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est souvent décrit à travers le prisme du comportement : agitation, inattention, impulsivité. Cette vision, bien qu'utile pour la reconnaissance des symptômes, occulte parfois la complexité de ses causes. En réalité, le TDAH est un trouble multifactoriel, où génétique, environnement, neurobiologie, mode de vie et somatotypie interagissent. De plus en plus d'études pointent l'existence de causes systémiques plus profondes, souvent présentes bien avant l'apparition des symptômes comportementaux. Parmi celles-ci : le terrain inflammatoire, les altérations de la maturation in utero et les anomalies du développement tonique.
Ce blog propose un regard intégratif et élargi sur le TDAH, en s'appuyant notamment sur les données récentes issues d'une grande cohorte épidémiologique (Turquie, 2023), sur les travaux de Talmant (2006), les recherches sur la coordination respiratoire et neuronale, ainsi que sur les fondements neuroévolutifs du développement tonique.
II. Terrain allergique, inflammation et TDAH : que disent les données scientifiques ?
Une étude de cohorte rétrospective menée en Turquie entre 2013 et 2023 sur plus de 860 000 enfants a permis de mettre en évidence une association statistiquement significative entre la présence de maladies allergiques (respiratoires, cutanées, médicamenteuses ou alimentaires) et le diagnostic de TDAH. Le risque relatif (RR) global du TDAH était de :
- 2,1 pour les allergies cutanées,
- 1,96 pour les allergies respiratoires,
- 1,3 pour les autres allergies,
- 1,99 pour la présence de toute affection allergique.
Ces données viennent confirmer d'autres travaux antérieurs menés aux États-Unis, en Allemagne ou à Taïwan. L'ensemble suggère que les enfants porteurs de troubles allergiques précoces sont plus exposés au risque de développer un TDAH. Plusieurs hypothèses peuvent être avancées :
- La présence d'une inflammation chronique affectant le système nerveux central,
- Un terrain génétique et épigénétique commun (immunité et neurodéveloppement),
- L'effet du traitement médicamenteux ou de la privation de sommeil chronique liée aux symptômes allergiques.
Cette voie de recherche incite à un changement de perspective : et si les symptômes d'inattention et d'agitation étaient la conséquence visible d'une instabilité physiologique plus globale ?
III. Neurogénèse, tonus et STV : les bases physiologiques du développement humain
Les déséquilibres survenant durant la neurogénèse in utero peuvent perturber la maturation du système nerveux central (SNC), altérant la genèse du tonus de base indispensable à la construction motrice, posturale et respiratoire. Le tonus n'est pas une donnée isolée mais une interface dynamique entre la génétique, l'environnement intra-utérin et la future ontogénèse.
Le Système Tonico-Ventilatoire (STV) se construit alors comme une armature fonctionnelle, organisée autour de la synchronisation des trois diaphragmes (thoracique, pelvien, lingual) et des muscles toniques axiaux. Cette synchronisation anticipe les mouvements compensatoires liés à la position du centre de gravité de l'humain bipède.
Cette organisation interne conditionne la circulation rythmique des fluides (sang, lymphe, LCR), la variabilité cardiaque et respiratoire, la posture, ainsi que la synchronisation des systèmes sensoriels. Le tout est réglé selon une horloge circadienne héritée génétiquement. Cette mise en musique interne permet la perception cohérente de l'environnement et l'action adaptée.
IV. Ventilation nasale, rythmicité corticale et rôle de la muqueuse pituitaire
Les effets de la respiration nasale sont notamment soutenus par les travaux de Zelano et al. (2016), qui ont démontré que la respiration nasale module l’activité neuronale dans des structures clés telles que l’amygdale et l’hippocampe, influençant directement la mémoire et la perception émotionnelle (Journal of Neuroscience).
Plus récemment, Girin et al. (2021) ont confirmé que la respiration rythmique induit une modulation corticale synchrone, agissant comme un véritable métronome physiologique de l'activité cérébrale, notamment au niveau du cortex sensorimoteur, en interaction avec les réseaux de l’attention et du mouvement (Nature Reviews Neuroscience).
La ventilation nasale, aboutissement fonctionnel de cette organisation tonique, joue un rôle majeur dans la régulation du cerveau. Elle permet :
- Une exhalation adaptée (soutien de l'effort et du repos),
- Une oxygénation optimale pour les structures profondes (via le bulbe olfactif),
- Une thermorégulation cérébrale, notamment durant le sommeil,
- Une synchronisation des rythmes neuronaux, en particulier sensorimoteurs et limbiques.
Lorsque cette respiration nasale est altérée (par congestion chronique, respiration buccale, allergies), tout l'équilibre tonique, postural et cognitif est déstabilisé. L'enfant présente alors des signes d'agitation, de fatigabilité, de troubles attentionnels, de dysrégulation émotionnelle, souvent interprétés comme des troubles isolés.
V. Une clinique de la synchronisation : observer pour agir
La neurothérapie intégrative permet de lire ces symptômes comme les marqueurs visibles d'une désynchronicité centrale. En agissant sur le terrain (tonique, respiratoire, allergique, postural), elle ouvre des pistes de régulation profonde :
- Observation du rythme ventilatoire, postural et sensoriel,
- Biofeedback respiratoire et EEGq pour objectiver les décalages de rythme,
- Exercices de synchronisation tonique et neuro-motrice,
- Accompagnement parental pour restaurer un milieu sécurisant et régulateur.
Mémoires anoétique et noétique — Deux voies d’accès à la régulation incarnée
La neurothérapie intégrative repose sur la mobilisation simultanée de deux formes fondamentales de mémoire et d'apprentissage :
- La voie anoétique, archaïque, sensorielle, non verbale. Elle s’enracine dans le corps, la posture, le souffle, les sensations internes. Elle permet de restaurer la sécurité, de réguler le système nerveux autonome et de déclencher la plasticité émotionnelle et tonique, en particulier par des approches comme l’olfactothérapie ou l’éducation fonctionnelle oro-faciale.
- La voie noétique, consciente et attentionnelle. Elle s’active lorsque les conditions corporelles de sécurité sont réunies. Elle permet l’appropriation, la symbolisation et la régulation cognitive. Elle est sollicitée dans les pratiques de biofeedback et neurofeedback, qui favorisent la conscientisation progressive des états internes.
Ces deux voies ne s’opposent pas : elles se complètent. Tout l’art du neurothérapeute est de savoir activer ces deux niveaux d’intégration, en s’appuyant à la fois sur les technologies régulatrices et sur la qualité de la relation, notamment dans le lien parent-enfant. La stimulation dopaminergique sous-jacente agit comme une passerelle entre ces deux niveaux, soutenant l’attention incarnée et la motivation au changement durable.
VI. Mesurer pour agir : les outils concrets de la synchronisation tonico-respiratoire
Observer ne suffit pas : il faut aussi mesurer pour pouvoir accompagner avec précision les enfants présentant des signes de désynchronicité centrale. La neurothérapie intégrative s’appuie pour cela sur une diversité d’outils permettant de rétablir une régulation incarnée:
- Neurofeedback EEGq : il permet d’objectiver les déséquilibres des rythmes cérébraux et de stimuler leur autorégulation par apprentissage.
- Biofeedback respiratoire (capnographie, cohérence cardiaque, capteurs de débit nasal) : pour restaurer une ventilation nasale fluide et consciente.
- Olfactothérapie ciblée : pour mobiliser la mémoire sensorielle et agir sur les circuits émotionnels profonds.
- Éducation fonctionnelle oro-faciale : exercices de tonus lingual, labial, mandibulaire en lien avec la posture et la respiration.
- Exercices sensorimoteurs et posturaux : sollicitant la proprioception et les coordinations toniques.
- Guidance parentale et corporelle : impliquant les parents dans le rythme quotidien, le sommeil, les interactions affectives et les temps de régulation.
Ce n’est pas l’outil qui soigne, mais la manière dont il s’inscrit dans une séquence rythmique, relationnelle et incarnée, adaptée à l’enfant et à sa trajectoire de développement.
VII. Conclusion : la synchronisation corporelle comme fondement de la cognition humaine
L’évolution récente de la recherche va dans le sens des intuitions explorées depuis plus d’un demi-siècle : les déséquilibres physiologiques précoces, la qualité du sommeil, les rythmes sensoriels et la transmission génétique jouent un rôle fondamental dans l’équilibre attentionnel et émotionnel. Les avancées scientifiques sur la régulation tonique, la respiration et les marqueurs inflammatoires renforcent ce que l’observation développementale avait déjà permis de pressentir.
Face à l’hégémonie du « tout cerveau » ou du « tout médicament » dans la compréhension des TND, fleurissent aujourd’hui des approches corporelles — comme le travail sur les réflexes archaïques — qui, bien qu’innovantes, sont souvent sévèrement critiquées, notamment par les instances de psychomotricité. Ce rejet est compréhensible : sans vision holistique et multisystémique, ces techniques risquent en effet d’être perçues comme anecdotiques ou simplistes.
Mais ce n’est pas la technique qui importe. C’est le raisonnement sous-jacent, basé sur une observation fine, incarnée, et éclairée par une recherche scientifique exigeante. C’est là que la neurothérapie intégrative propose un changement de paradigme profond.
Comprendre les "causes cachées" du TDAH, c’est décider de sortir d’une lecture strictement comportementale ou culpabilisante, pour replacer le corps comme berceau de l’esprit.
C’est proposer à l’enfant — et à sa famille — une prise en soin globale, rythmique et incarnée, éclairée par la science et guidée par l’humain.
En cela, la neurothérapie intégrative ne propose pas une méthode de plus, mais une nouvelle écologie de l’accompagnement, à la hauteur de la complexité du développement humain.
Source : L'institut Neurosens - Joël LEMAIRE - https://www.institut.neurosens.fr/blog/et-si-le-tdah-etait-le-signal-d-une-desynchronicite-centrale.html